3. Au micro (studio, terrain, téléphone)

● En studio 

  

Soyez intransigeant par rapport aux bruits en studio : bruits de coudes, de stylos, de bracelets, de chaise...

 

La bouche doit être à un poing (10 cm) du micro, et vous devez si possible être l'un en face de l'autre pour bouger la tête le moins possible.

 

Faites des essais micro avant.

 

Prévoyez des verres d'eau en studio, et de faire couper les téléphones.

 

Le casque peut gêner la spontanéité pour l’interlocuteur et le journaliste. C'est pour cela que j'ai personnellement du mal à faire mes interviews avec le casque sur la tête même si c'est recommandé. Je pars du principe qu'il faut bien connaître son matériel pour éviter les soucis techniques. 

 

 ● Sur le terrain

 

Côté enregistreurs, vous pourrez préférer un micro avec un câble, un magnétophone avec micro incorporé, voire un smartphone (dont la qualité sonore n'est pas si mauvaise quand on ne peut pas faire autrement)... 

  

Vous pourrez aussi choisir d'enregistrer en stéréo les ambiances et les interviews simples en mono. J'ai une préférence pour le micro stéréo sélectionné en mono personnellement (Zoom H4n).

 

Prévoyez une bonnette Rycote (gros poils gris) en cas de vent important et méfiez-vous du bruit de la pluie sur le parapluie.  

 

Pour le montage en extérieur, sur smartphone, si vous ne pouvez pas rentrer rapidement, vous pouvez vous servir de TapeMachine ou de RecForge (voire d'autres applications). Vous pouvez utiliser Wetransfer, le mail (pièce jointe) ou directement un serveur dédié pour envoyer votre interview.

 

Si aucun rendez-vous n'est prévu avec la presse pendant un débat public, vous devrez faire une demande d'interview. Le cas échéant, demandez à brancher votre enregistreur directement sur la sono pour enregistrer les interventions au lieu de prendre le son depuis les haut-parleurs.

 

 Par téléphone

  

Si vous réalisez une interview par téléphone, utilisez un insert téléphonique qui sert à envoyer l'audio du téléphone dans la table de mixage et à faire sortir votre voix.

 

Faites attention aux niveaux (ça sature vite) et privilégiez le fixe plutôt que le portable car le son est meilleur.

 

La personne doit bien parler dans le combiné et ne pas utiliser le main-libre (pas de haut-parleur).

 

Vous pouvez aussi réaliser des interviews via Skype.  

Exemple d'interview en studio (Merci à Benjamin Morin de s'être prêté au jeu pour RCF Finistère)

● Généralités sur l'interview

 

De bonnes questions ne font pas toujours une bonne interview si les réponses sont mauvaises et vice-versa. Il faut une homogénéité.

 

Dans votre introduction, donnez le nom et prénom de la personne, sa fonction, dites pourquoi vous l'interrogez (le contexte).

 

Bien poser la question de départ pour mettre en confiance et pour bien lancer l'interview (c'est le principe de l'entonnoir).

 

Adoptez le sourire !

Ne tournez pas autour du pot pour rallonger l'interview mais ayez des questions d'avance par type de sujet (ex. Livres : angoisse de la page blanche, recherches historiques etc...)

 

Adaptez votre ton à celui de votre interlocuteur (lui ne s'adaptera pas au vôtre).  Lâchez-vous dans votre manière de vous exprimer, donnez de la voix (mais ne criez pas). Relancez souvent si la personne est molle ou hésitante.

 

Ne coupez pas la parole pour gagner en dynamique et par respect pour l'interlocuteur.

 

En cas d'interview par téléphone, vous et votre interlocuteur vous ne vous voyez pas, donc il peut oublier qu’on l’écoute (et demander : “vous m’entendez ?” - “Oui, oui”). Prévenez-le avant ou relancez-le régulièrement. En revanche, l’interlocuteur est moins intimidé qu'en studio car il pas de micro devant lui. 

 

Réalisez l'entretien par téléphone tant que la personne est disponible ("vous avez bien cinq petites minutes ?")

 

L'interview n'est pas un interrogatoire. Vous devez respecter votre interlocuteur, le flatter pour l'encourager à répondre. 

Les questions fermées orienteront les réponses. A privilégier.

 

Il n'y a pas de règle concernant les questions affirmatives ou négatives.

 

Posez une seule et unique question à chaque fois (pas plusieurs questions en une, sinon l'interlocuteur répondra uniquement à la dernière question, c'est garanti dans 9 cas sur 10).

 

Ecoutez la réponse pour ne pas perdre le fil (et rebondir), tout en réfléchissant à la question suivante.

 

Si vous n'avez pas compris la réponse, dites-vous que l'auditeur non plus ne l'a pas comprise. Ayez des arguments pour expliquer pourquoi, vous qui êtes censé être au courant de l'actualité, vous n'avez pas compris la réponse.

 

Ayez des arguments pour contredire votre interlocuteur.   

 

N'ayez pas peur d’insister sur une question si l’interlocuteur est hors-sujet.  

 

Soignez votre vocabulaire.

 

Clarifiez les réponses : demandez d’expliquer les initiales, les sigles, une structure que les auditeurs ne connaissent pas (vous pouvez aussi le faire à sa place).

 

N'utilisez pas de liaisons "mal ta propos" (vingt ne prend pas de S, donc pas de liaison !)

 

Gare aux abus de langage (ex. Montpellier sous les eaux). 

Ne donnez pas trop de chiffres car l’auditeur ne peut pas revenir en arrière contrairement à un article de journal.

 

Vous ne devez pas vous impliquer mais uniquement poser les questions (ex que feriez-vous à ma place etc), c'est-à-dire ne pas répondre à la question à la place de l’interlocuteur.

 

Ne dites pas "nous sommes heureux de vous recevoir" si c'est un homme politique, un partenaire de votre radio, un annonceur... car cela peut être perçu comme partisan.

 

L'auditeur ne doit pas se sentir exclu. Il doit avoir une réponse à ses questions.

 

Ne tutoyez pas votre interlocuteur mais vouvoyez le, justement pour ne pas exclure vos auditeurs. L'interlocuteur en face n'est pas non plus votre "ami" ni celui des auditeurs (formule que l'on l'entend encore sur certaines radios locales malheureusement).

 

Se détacher des notes nécessite de connaître son sujet pour poser les questions (il ne faut pas lire un texte).

 

Ne sortez pas vos connaissances de manière démesurée. 

 

L'auditeur ne voie pas les images, peintures, photos, donc expliquez ou faites expliquer.

Car ce guide ne remplace pas une bonne formation, par exemple celles proposées par le réseau des radios en langue bretonne et le Club de la Presse de Bretagne (en journalisme, animation, technique, administration).
Car ce guide ne remplace pas une bonne formation, par exemple celles proposées par le réseau des radios en langue bretonne et le Club de la Presse de Bretagne (en journalisme, animation, technique, administration).


● Anticipez la diffusion

 

Si l’entretien est enregistré, il est préférable de reprendre la phrase entière pour le montage et éventuellement la question mais attention au ton et au niveau sonore qui doivent rester les mêmes.

 

Au montage, on ne coupe pas les respirations, sinon le propos n'est pas naturel.

 

En studio, notez l’heure de début ou chronométrez l'interview enregistrée, et sur le terrain, ayez un oeil sur le compteur du magnétophone. Anticipez la fin de l'entretien en direct pour ne pas devoir le couper précipitamment.

 

Attention aux interlocuteurs qui finissent la question ou qui parlent en même temps ou en remontant leur voix. Demandez-leur de reprendre pour le montage (son info) ou pour l'insertion de musiques.

Ne dites pas “hum” ou “ok” ou “oui d’accord” pendant la réponse de votre interlocuteur (sinon ça s'entend au micro et vous ne pourrez pas effacer). Au contraire, hochez la tête pour l'encourager et levez le doigt si vous envisagez de l'interrompre (mettez-vous d'accord avant).

 

Sur le terrain, notez sur un bloc-notes ce que vous voyez, ce que vous entendez et ce que vous sentez (slogans, fumet d'un plat, chant des oiseaux...) et essayez de décrire au micro le plus possible. 

 

Vous pouvez aussi enregistrer ces mêmes commentaires dans votre voix.

Vous pouvez également demander à un manifestant dans un défilé d'expliquer ce qui est écrit sur sa banderole. C'est une manière pour l'image et le son de se rejoindre. Cela vous sera utile pour l'écriture du papier (lancement, relances, pied).

 

Enregistrez, en plus, des bruits d’ambiance séparément des interviews et éloignez-vous le plus possible des bruits perturbateurs (enceintes, voitures).

 

Faites comprendre aux personnes autour que vous êtes en train d'enregistrer des bruits d'ambiance pendant deux ou trois minutes consécutives (personnellement je baisse la tête pour éviter qu'on m'embête avec "Vous réalisez un reportage sur quoi, etc...")

 

Réalisez l’interview seul, ou arrangez-vous avec vos confrères présents sur le choix des angles, les questions et la durée.

● Les relances

 

Rappelez l'identité de votre interlocuteur toutes les deux questions au moins.

 

Donnez le nom du média et le thème de l'interview mais de manière plus espacée que l'identité de l'interlocuteur.

 

Répétez le téléphone et le mail ou le site (épeler au besoin). 


● La fin de l'interview

 

Coupez l'interview si la réponse est trop longue en profitant d’un mot-clé qui se rapproche de la question que vous désirez poser (“et justement, vous parlez de...”)

 

Soyez convivial (merci d’avoir pris le temps), mais ne vous montrez pas trop proche de la personne surtout si vous le connaissez bien.

 

Remerciez (nom, prénom, fonction), rappelez le rendez-vous, mais les coordonnées internet et le téléphone c'est secondaire car les auditeurs n'ont pas le temps et le réflexe d'écrire.

  

L'expérience montre que la dernière question est souvent la bonne dans une interview improvisée qui doit durer une minute pour les infos. 

Christophe Pluchon, décembre 2016

Les images d'illustration sont libres de droits ou ce sont des photos personnelles.

 

Merci à Marie et à Victor pour le dessin.



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